Rassembler tous les acteurs, même l’Iran, est la seule issue à la crise syrienne. Entretien avec Le Monde

Entretien par Jean-Pierre Stroobants 

La haute représentante pour la politique extérieure de l’Union européenne, Federica Mogherini, sera à Vienne, vendredi 30 octobre, pour l’ébauche d’une négociation internationale sur la Syrie. L’Iran y participera pour la première fois. Mme Mogherini a accordé, mercredi matin, un entretien au Monde et au Guardian, au Parlement de Strasbourg.

Qu’attendez-vous de ces discussions ?
L’important est que tous les acteurs régionaux concernés, ainsi que la communauté internationale soient présents pour évoquer la transition politique. L’Union européenne possède le canal de discussion le plus utile avec l’Iran après l’accord sur le nucléaire conclu en juillet et elle peut donc contribuer à ce que cet acteur important soit partie prenante.

Quelle est votre position sur le rôle à conférer, ou non, au président syrien, Bachar Al-Assad ?
Ma position est celle du Conseil. J’ai été chargée de travailler avec tous les acteurs concernés – l’envoyé spécial des Nations unies (ONU), les Etats-Unis, la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les pays du Golfe, l’Egypte – pour tenter d’amorcer le processus de transition politique. Cela signifie, selon moi, que nous devons garantir une démarche inclusive, avec des représentants du régime, comme cela a toujours été le cas dans la démarche de l’ONU, le cadre auquel nous nous référons.

L’Arabie saoudite acceptera-t-elle de collaborer avec l’Iran ?
Nous y travaillons. Je mesure la difficulté, mais rassembler tous les acteurs concernés pour agir dans le même sens est la seule issue. Les dernières années de la guerre en Syrie l’ont démontré. Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer l’influence que peut avoir cette démarche pour l’architecture sécuritaire de toute la région. Je ne dis pas que nous reproduirons la même formule partout mais elle pourra être utile pour d’autres crises de cette région qui est d’une grande importance sur le plan stratégique. L’accord sur l’Iran peut avoir des conséquences positives pour les relations dans toute la région.

L’Union européenne peut-elle réellement jouer un rôle pour une solution syrienne ?
La conclusion de l’accord sur l’Iran nous a incontestablement permis d’accroître notre rôle parce que nous sommes chargés de la coordination et de l’application du texte. Des semaines de négociation ont permis de créer une forme de compréhension et de confiance mutuelles avec l’Iran, mais aussi avec d’autres pays du Golfe. Et puis la proximité, non seulement géographique mais aussi culturelle des Européens avec la région, est évidemment importante. Nous sommes logiquement focalisés sur la crise des réfugiés et sur la Syrie, mais nous ne perdons pas de vue que le problème est bien plus vaste : si nous résolvions demain la crise syrienne, les réfugiés de ce pays rentreraient chez eux, mais les flux venant d’autres pays ne s’arrêteraient pas.

En savoir plus sur le site de Le Monde